poèmes ayant pour thème transversal l'Afrique, au bémol près que l'auteur n'y a jamais mis les pieds! c'est une projection de son imagination, le ressenti d'une ambiance qu'il porte en lui malgré tout, comme un continent à la fois inconnu et familier.
En Afrique, l'après-midi
Ces diables de tams-tams
Remisés aux greniers des enfers,
Pour les jours de volcans
Où jaillissent des geysers
Chauds et rythmés
Ces poupées mal cloutées,
Ces amulettes qui tracent
Les routes aux esprits,
Dans l'ombre des cases
Aux silences trompeurs,
Dans les corsages, sous la tiédeur,
Dans la volupté des seins sages,
Tout ça, calfeutré…
Chut… !
C'est du velours que l'on voit,
C'est l'Afrique des langueurs…
Le temps se balance au sommet des palmiers,
Le vent se fourvoie, il ne rafraîchit pas,
La brise est chargée de sable rouge,
L'après-midi s'étire sur sa natte,
A la recherche d'un rêve de fraîcheur.
Chuut… !
La vraie richesse, c'est le temps
qui passe lentement…
la sensualité se fait discrète
mais elle est là, tapie sous le chèche
sous la peau nacrée, sous l'imprimé,
Fauve en sommeil lové…
A travers des fenêtres à claire-voie,
Les mouvements étouffent de chaleur
On perçoit plutôt que l'on voit,
Et les bruits mêmes, s'assoupissent,
Pris dans de voluptueux délices.
Chuuut… !
La beauté de l'Afrique languit sur du velours,
elle se recharge en silences, pour le soir,
s'épancher de la lenteur des journées…
Yin et yang sortent ce soir,
Pour une soirée de gala…
Qu'on sorte les robes de taffetas
Qui froufroutent sans savoir
Que les messieurs entendent
Les sons craquants et feutrés
De l'étoffe qui frotte,
Comme un duvet,
Sur des jambes azurées… !
Tristan et Iseut se préparent
Pour un rendez-vous secret,
Un mariage déraison
Où les dentelles ajourées
Multiplient les raisons
Pour la peau cuivrée
D'étinceler de parcelles
De lumières enfiévrées.
Roméo a troué son cœur de tissu
Pour une Juliette enrubannée,
Et un oiseau bleu du paradis
Souffle sur le manège
Des amoureux transis,
Un petit tour, et voilà,
Les chevaux de bois
Reprennent leur droit.
L'amour, ça s'invente,
Comme un fruit trop sucré,
Goûté par timidité.
On reviendra demain
Visiter ces rivages secrets…
L'amitié, ça s'oublie,
Sérénité du soir,
Pain quotidien,
Savourés sans savoir…
La guerre des boutons
C'est la guerre des boutons, alors,
Faut pas rigoler,
les petits ont des affaires de grands…
C'est moi le prisonnier de la bitte d'amarrage,
Ils m'ont condamné à mourir de soif,
Attaché au poteau des tortures pour rire,
Mais quoi…on fait juste mine,
De guerroyer entre amis…
C'est pas comme les grands
Qu'ont des affaires de petits,
Leur guerre des boutons,
C'est tout électronique,
Et des fois, ils oublient
Que le jeu, c'est fait pour rire…
Que les sévices sont de raffias
Et les boutons de nacre,
Loin de l'acre fumée
Des batailles rangées.
Ô profondeurs des masques…
Les masques sont les clés des champs de l'âme
Qui s'ennuie de vivre dans le même véhicule…
Respirer le grand air des vagabonds
Qui n'ont pas d'ego au domicile fixe,
Etre nomade au pays des identités
Pour un autre moi,
Le temps d'un rituel ou d'un carnaval…
Les masques sont la profondeur de l'homme,
Un passeport pour les étoiles,
Le sauf-conduit des métamorphoses,
Pour un animal humain dans le moove,
A l'écoute de l'ailleurs, toujours,
Aux aguets dans les buissons de l'esprit,
Prêt à bondir sur les proies inconnues,
comme un fauve insatisfait, insatiable,
qui change de peau comme une bête qui mue,
et dévorer ainsi l'essence de la vie.
La spirale de l'amulette
De l'amulette, une spirale se forme,
Comme des pensées qu'on malströme,
Mélancolie des jours d'oubli,
Est-ce un amour sans lendemain,
La nostalgie des jeux d'enfants,
Ou l'appel des horizons lointains,
Qui submergent l'esprit,
Comme une vague aux doux clapotis ?
C'est le moment du repos,
Le mil peut attendre,
C'est pour soi que l'on vit,
Que l'on aime,
Que l'on peine,
Et tant pis pour le mil…
L'amulette déroule sa spirale,
Douce méditation
Des instants furtifs, volés
A la face du temps chagrin…
Le zig-zag de la vie
Zig-zag,
C'est le zig, c'est le zag,
Des pots sur lesquels on s'assoit,
Pour jouer de l'accordéon
Avec son arrière-train…
Ça fait rigoler les filles
Et ça met de l'entrain…
Drôle d'orchestre en vérité !
Zig-zag,
C'est le zig, c'est le zag,
Des pneus aux dessins sinueux,
Comme ceux de la vie
Qu'on rêverait linéaire,
Mais qui, sans en avoir l'air,
Nous tracent des destins
Caoutchouteux.
Zig-zag,
C'est le zig, c'est le zag,
Des drôles de dames
Aux regards objectifs,
Elles aiment capter la vie
L'amour, la mort,
Mais prennent-elles le temps
De découvrir l'or dans nos yeux ?
C'est le zig, c'est le zag,
C'est le zig-zag de la vie….
Le maître des calculs
Et ses exceptions qui font la règle
Gesticule sans pantins ;
Loin de la souffrance des cahiers
C'est l'école du destin.
Petite déesse !
C'est jour de liesse
Au pays des marelles,
Et le chiffon des poupées
Ne sont plus les miroirs
De tes jeunes années.
L'architecture de tes cheveux
Dessine des entrelacs serpentins…
Blancheur de l'aube,
Palpitations du zénith,
Ensoleillent ta robe du matin,
Comme une femme en partance
Vers des lieux incertains.
Entre biberon et satin,
Jaillit ton sourire enfantin :
Ta bouche en pirogue
Et tes yeux malicieux
Dialoguent du bonheur
D'être plus vieux.
seules
Tes mains-crocodiles
Chuchotent en secret
L'équilibre audacieux
De tes premiers étés,
ces quêtes d'arabesques
aux chemins damassés…
Aux limites du levant,
Dans tes forêts de rosée,
Ton sourire d'enfant
Est un bonheur partagé.
Les Femmes sont-elles des fleurs… ?
La belle métaphore que voilà,
Les couleurs et les ornements,
Les fards et les onguents,
Les résilles aux sombres dentelles,
Les p'tits riens qui habillent
Le corps sage des demoiselles,
Tout ça est du plus bel effet,
En effet,
Et quand question on leur pose,
De savoir pourquoi une telle image,
Elles nous disent, ingénues,
C'est pour moi… !
Comme si, pauvres insectes,
Nous ne comptions pas…
La nature les a faites fleurs,
C'est un axiome, un théorème,
Qui veut qu'on les aime,
Et qu'on adore le chatoiement
De leurs minois charmants…
Les femmes sont-elles des fleurs ?
Rose au parfum suave,
Aimants des couleurs
Pour amant des collines,
Tu caresses les regards
Pour blesser les audacieux
Aventuriers du toucher.
Dionée des vertes prairies,
Mère d'Aphrodite,
Ouverte à l'amour
Avec tant d'impudeur,
Sirène aux effluves qui enivrent
Les sens des plus sensuels,
Tu carnasses sans scrupule
Les pantins du désir
Aux libidineux projets…
Les femmes sont-elles des fleurs ?
Sans doute,
Chaque fleur a sa part d'ombre
Cachée sous sa surface de soleil
Et puis, il y a la fleur qu'on a choisi,
Parmi toutes celles qui peuplent
Le jardin anglais de la vie,
Celle-là, elle est toutes les fleurs à la fois…
La dorne de la mer est une vallée de tendresse
Embrassée par deux mamelons pentues,
La voix de l'océan tonitrue des larmes d'ivresse,
Des jets d'écume au souffle charnu.
Langue primitive des premiers instants
Aux accents de rocs et de caresses,
Tu palpites des ondes familières :
la mélopée guerrière,
Ou la ballade des amants.
Mais nos yeux se nourrissent
De tes humeurs vagabondes,
Comme on retourne sans cesse
aux sources du firmament.
Sur une plage de paresse
Les chariots de la nostalgie
Ont planté là leur détresse
De ne voguer sur la vie
Comme on vogue sur l'ivresse.
* une dorne : mot patois du bocage vendéen (France) désignant le creux des jupons servant d'assise aux enfants
Les femmes colonisent la chair des galaxies
Des univers étoilés de strass intersidérales,
Des traînés de comètes aux sinueux tracés,
Des espaces 3D de tentacules enchevêtrés,
Des amas de satellites aux reflets clinquants.
Les femmes apprivoisent la forme des arcs-en-ciel
Des symboles cabalistiques au goût du temps,
Des feux de saint-Jean aux froides stalactites,
Des rivages bleus et des lagunes roses,
Des phares incandescents dans la grisaille du temps.
Les femmes parlent le langage des forêts odorantes
Des rampes de réglisse où l'on glisse avec délice,
Des senteurs d'amandes chaudes et sucrées,
Des orchidées sauvages dans la tiédeur des corps sages,
Des univers marins chargés d'iode et d'embruns.
Les femmes devinent la géométrie des vents
Des plissages ondulés de couches tectoniques
Des drapés marbrés d'ombres électriques,
Des falaises abruptes, abîmes de voluptés,
Des absences étranges et fascinées.
Les femmes explorent la périphérie des corps
Yayi…A ?
J'ai compris,
Il faut que je t'apprivoise,
Pas question de projeter
Mes pensées d'Occident,
Je m'avance vers toi
Sans fard, sans cervelle,
Toi dont le nom inachevé
Sonne comme un appel
A voyelle, image innée…
Yayi…E ?
Voilà la rencontre enfin !
Tu me laisses t'approcher,
Mon langage perd ses repères,
Mes mots restent bouche-bée,
Mais c'est ton pas d'abord,
Qui martèle sa douce lenteur,
En marche vers un ailleurs,
Qu'on ne peut qu'imaginer,
Je guette son frôlement dans l'air…
La douleur de l'espace s'évanouit,
Bienvenue en moi…
Yayi…O ?
Ton pas est léger comme la jeunesse qui danse,
Ton pas est bleu comme une onde, mère du vent,
Ton pas nous enveloppe d'un sourire immense,
Ton pas tisse des chemins dans l'abîme du temps,
Yayi… A…E…O ?
Mère de l'humanité,
Aux multiples visages…
Dans l'antre, tu gardes le feu !
Celle qui Elève les Cieux,
Tu as la rondeur du ventre
Au pays des enfants-dieux !
Yayi !
Ta marche te rend si belle,
Marche et danse
Autour de
Ta ronde éternelle…
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